09/04/2026
L’IMPARTIAL
Édition du 10 avril 1962
Quarante tonnes de poudre constituent toujours un terrible danger
Après la catastrophe de Saint-Just d'Ardèche
PONT-SAINT-ESPRIT,
De puissants projecteurs avaient été allumés la nuit dernière sur les lieux de la catastrophe, tandis que 90 sapeurs-pompiers, 120 hommes de troupe venant de Montelimar et 50 gendarmes montaient la garde. La poudrerie aux pans de murs noircis, apparaissait comme les ruines de bâtiments qui auraient subi un violent bombardement. En face de l'usine, étaient installés des motos-pompes, des fourgons, des remorques, des groupes électrogènes. Une demi-douzaine de lances continuaient à arroser le bâtiment considéré comme le plus dangereux, c'est-à-dire celui où sont entreposées 40 tonnes de poudre noire qui n'ont pas encore explosé. L'incendie en dépit des tonnes et des tonnes d'eau déversées, continuait à couver. Dans un fourgon, le commandant Guilbaut, inspecteur départemental du Vaucluse qui était arrivé hier en début d'après-midi, dirige les opérations contre l'incendie et il a déclaré au cours de la nuit : « Je ne sais pas si nous parviendrons à empêcher l'explosion, mais nous avons mis en oeuvre des moyens qui peuvent nous donner espoir de réussir.» A l'heure actuelle on essaye de sauver les 40 tonnes de poudre en refroidissant le bâtiment dans lequel elles se trouvent, car si on les noyait complètement on écarterait tout danger mais cette marchandise deviendrait irrécupérable. La police mobile a été chargée de l'enquête et ses inspecteurs sont sur place.
Hypothèses
Quelle est l'origine de la catastrophe ? Présentement on situe la première explosion dans la cour, entre la chaudière et un atelier de montage. Deux hypothèses sont avancées avec une certaine insistance :
1) un détonateur de gr***de se serait trouvé par hasard dans la poudre d'un malaxeur.
2) un bang supersonique d'un avion à réaction survolant l'usine, aurait provoqué l'explosion de gr***des et d'obus et déclenché le sinistre. Dans ce domaine là, des expériences ont été réalisées aux Etats-Unis et elles ont prouvé que dans certaines circonstances un «bang» peut faire exploser des projectiles. Quoi qu'il en soit, les enquêteurs n'en sont toujours qu'au stade des hypothèses. A l'aube, les pompiers ont repris les fouilles dans les ruines recherchant les cadavres qui ont pu être ensevelis sous des tas de pierres.
Une poudrière explose
A Saint-Just d'Ardèche
16 morts -13 blessés - Nombreux disparus
PONT-SAINT-ESPRIT,
Une catastrophe qui a fait de nombreuses victimes - 16 morts et 13 blessés ont été dénombrés mais un certain nombre de personnes sont portées disparues - s'est produite lundi matin à la poudrerie de Saint-Just d'Ardèche, petite localité de la vallée du Rhône située à la limite des départements de l'Ardèche et du Gard. Pour une raison encore indéterminée, une première explosion se fit entendre peu avant 7 h 30 alors que le personnel - une centaine d'ouvriers et d'employés - venait de prendre son service. De très fortes détonations se firent entendre pendant quelques minutes cependant que s'élevait au-dessus de la vallée du Rhône un énorme champignon de fumée et qu'un incendie qui s'était immédiatement déclaré, faisait rage.
Pendant que les secours s'organisaient, une seconde explosion, plus importante encore que la première, retentissait une heure plus t**d. Le bruit de la déflagration ébranla toute la région et fut entendu à trente kilomètres à la ronde. Une ville comme Orange, distante de vingt-cinq kilomètres eut des vitres brisées.
Pont-Saint-Esprit durement touché.
Une des localités les plus atteintes a été Pont-Saint-Esprit que six kilomètres seulement séparent de Saint-Just d'Ardèche. Vitrines des magasins et vitres des immeubles volèrent en éclat et les quartiers nord de la ville ont dû être évacués, de nombreuses toitures et plafonds menaçant de s'effondrer. Entreprise privée travaillant pour la défense nationale, la poudrerie de Saint-Just d'Ardèche fabrique des explosifs et des mu*****ns de chasse. En raison des dangers que présente sa production, elle est gardée nuit et jour par la troupe. Selon certains renseignements 76 ouvriers et 20 militaires se trouvaient à la poudrerie au moment de la catastrophe. Le bâtiment fut comme coupé en deux tandis que se dégageait une chaleur suffocante. Une catastrophe sans précédent. Ceux qui s'étaient présentés au travail à 6 h 15 gmt sortaient des vestiaires pour gagner leur poste lorsqu'une violente explosion retentit dans l'atelier de fusion des explosifs, voisin de l'atelier de finition des obus de mortier de 60 mm qui détonnèrent à leur tour, soufflant une partie des bâtiments. Quelques minutes plus t**d, le feu faisait rage dans cette partie de l'usine. Plusieurs ouvriers déjà avaient été tués et gisaient sous les décombres. D'autres étaient plus ou moins grièvement blessés. Les secours commençaient à s'organiser lorsque la deuxième explosion retentit faisant de nouvelles victimes. Il était 7 h 20 gmt. Le sinistre prenait une telle ampleur, à ce moment, que l'on décidait d'évacuer immédiatement les lieux, de nouvelles explosions étant à craindre. Il y en eu effectivement six, au total, la dernière se produisant à 11 h 20 gmt, des milliers d'obus de 60, 8000 gr***des, plusieurs tonnes d'explosifs ont sauté. Par miracle, 42 tonnes d'explosifs prêts à être livrées ont été épargnées. Selon un ingénieur de l'usine, la déflagration des "explosifs en cours de fusion était impossible sans « onde de choc », celle produite par exemple par un détonateur.
L'Impartial est fondé en 1881 à La Chaux-de-Fonds. En 1967, son éditeur reprend la Feuille d'Avis des Montagnes, quotidien du Locle. Il détint dès lors une position de monopole dans le haut du canton. Une collaboration avec L'Express, publié à Neuchâtel, s'instaure en 1996, après de longues années de rivalité. Les deux journaux fusionnent en 2018 pour devenir ArcInfo.