08/07/2026
Les chemins changent, les convictions demeurent.
À toutes celles et tous ceux qui suivent encore GLOASANVE, Tanal Caraïbe ou mes anciennes pages personnelles Corinne Thimodent,
Depuis quelque temps, beaucoup d'entre vous consultent encore ces pages et se demandent ce que je suis devenue. N'ayant plus réellement accès à mon profil personnel LinkedIn, j'ai eu envie de vous donner quelques nouvelles.
Il y a quelques années, j'ai porté, à travers Tanal Caraïbe, un projet qui me tenait profondément à cœur : développer une véritable filière cuir en Guadeloupe et fabriquer, à partir de matières premières transformées localement, des produits à forte valeur ajoutée.
Ce projet n'a malheureusement pas pu voir le jour. Comme beaucoup d'entrepreneurs, j'ai connu les doutes, les difficultés et les épreuves. Mais je n'ai jamais considéré cette aventure comme un échec. Elle a été une formidable école de vie.
Je n'ai d'ailleurs jamais renoncé à ce qu'elle représentait. J'ai conservé les croquis, les recherches, les modèles, les créations et le motif « Woulé Lespwa », qui demeure, pour moi, le symbole de cette période.
Et puis il y a ces messages qui continuent de me toucher. Régulièrement, des clientes ou des personnes qui suivaient GLOASANVE me demandent s'il me reste une paire de Biguine Madras, un sac, une création ou un modèle portant le motif « Woulé Lespwa ». D'autres me demandent simplement : « Est-ce que vous allez recréer un jour ? »
Ces témoignages me rappellent combien cette aventure a marqué celles et ceux qui l'ont vécue à mes côtés. Avec GLOASANVE, nous avons été parmi les pionniers de l'interprétation du madras dans la chaussure, en proposant des créations qui associaient identité culturelle, design contemporain et savoir-faire. Notre ambition était de démontrer que des matières premières transformées localement et notre patrimoine pouvaient devenir le point de départ de produits à forte valeur ajoutée, porteurs d'une identité guadeloupéenne forte.
À toutes celles et tous ceux qui m'ont fait confiance à cette époque, je veux adresser un immense merci. Votre fidélité est l'un des plus beaux héritages que je garde de cette aventure.
Aujourd'hui, cette créativité s'exprime autrement.
J'exerce les fonctions de chef du service Assurance de la Région Guadeloupe. Au-delà de la gestion des sinistres, j'ai eu l'occasion de contribuer à l'organisation et à la structuration du service, d'accompagner la collectivité sur ses enjeux assurantiels, d'analyser les risques, de sécuriser des projets et d'apporter un appui stratégique sur des sujets liés à l'assurance, à la prévention, aux catastrophes naturelles, aux assurances construction et à la résilience de nos territoires.
Parmi les projets qui me tiennent le plus à cœur figurent les Journées de l'assurabilité des personnes publiques en Guadeloupe, dont j'ai été à l'initiative. Notre ambition était simple : montrer que l'assurance ne devait plus être regardée uniquement comme un mécanisme d'indemnisation après un sinistre, mais comme un véritable levier de prévention, de résilience et de politique publique. Cette approche a été saluée par la presse spécialisée, qui en a reconnu la pertinence. Cette reconnaissance a conforté une conviction qui guide aujourd'hui mon action : une politique d'assurance bien pensée est aussi une politique publique de prévention.
L'entrepreneuriat, pourtant, n'est jamais très loin.
Depuis le 10 avril 2026, j'ai l'honneur de présider Grand LaPwent (AGLP), la nouvelle association des acteurs économiques de Pointe-à-Pitre. C'est une manière de revenir à mes premiers amours : fédérer, imaginer, construire des projets collectifs et participer, avec d'autres, au développement économique de notre ville.
Je suis également membre de KFK – Koumbit Fanm Karayib, où je participe, à ma mesure, depuis plusieurs années, aux réflexions consacrées à la protection des personnes les plus vulnérables et à la lutte contre les violences. Femmes, enfants, mais aussi hommes lorsqu'ils en sont victimes, ces sujets méritent toute notre attention, notamment pour accompagner aujourd'hui l'adoption pleine et entière de la loi intégrale visant à supprimer toute prescription des crimes commis contre les enfants. Je n'ai jamais souhaité faire de cet engagement un outil de visibilité personnelle ; j'essaie simplement d'y apporter, lorsque je le peux, ma contribution, avec discrétion et conviction.
Avec le recul, je réalise que le fil conducteur de mon parcours n'a jamais changé.
Qu'il s'agisse de concevoir les paramètres nécessaires à l'implantation d'une micro-filière capable de produire localement une chaussure, de structurer un service en le faisant évoluer d'un métier unique de gestionnaire des assurances vers plusieurs métiers complémentaires, avec notamment la création de celui d'instructeur des sinistres et le développement d'une approche de gestion des risques, d'écrire une note stratégique sur les enjeux du risque assurantiel au sein de la collectivité régionale, d'imaginer une politique publique intégrant l'assurance comme un levier de prévention, de résilience et de reconstruction, de fédérer des entrepreneurs ou de réfléchir aux enjeux de notre territoire, je poursuis, au fond, une seule et même ambition : contribuer, à ma manière, à l'émancipation économique de la Guadeloupe.
Je crois profondément que cette émancipation passe par une meilleure connaissance de nous-mêmes, de nos talents, de nos ressources, de notre capacité à transformer nos idées en projets, nos projets en réalisations et nos réalisations en richesse pour notre territoire.
Je continue d'apprendre. Je continue de lire. Je continue de me nourrir de nouvelles idées. Et même si l'écriture de notes administratives occupe aujourd'hui une grande partie de mon quotidien, je continue aussi d'écrire. Sans doute moins qu'autrefois, mais toujours avec le même plaisir, la même curiosité et la même envie de partager.
Au fond, je n'ai peut-être jamais changé de vocation.
J'ai toujours cherché, avec les moyens qui étaient les miens à chaque étape de ma vie, à créer de la valeur pour mon territoire.
Seuls les outils ont changé.
Si ce parcours peut inspirer, éclairer ou simplement ouvrir des échanges sur l'entrepreneuriat, la résilience, l'innovation, l'action publique ou le développement de nos territoires, j'en serai heureuse.
Ce chemin m'a appris qu'il est toujours possible de se réinventer sans renoncer à ce qui nous anime profondément.
Une partie de mon engagement est visible. Une autre l'est beaucoup moins. Pourtant, c'est souvent dans ces contributions discrètes, dans les réflexions partagées, dans le travail de fond, dans les projets collectifs et dans les causes que l'on choisit de servir sans rechercher la lumière que se construit, à mes yeux, l'utilité que l'on peut apporter à la société.
C'est sans doute ce qui me ressemble le plus.
Au plaisir d'échanger avec celles et ceux qui suivent ce parcours, ou qui souhaiteraient partager le leur.
À très bientôt.
Corinne THIMODENT DRACON.