31/03/2012
Contacté par le Matin le délégué régional Abderrazak Laalaj explique que son département a envoyé, vendredi 23 mars, une lettre au responsable de l’enseignement catholique au Maroc lui rappelant la nécessité pour la directrice pédagogique de l’établissement de régulariser sa situation afin de pouvoir continuer d’exercer ses activités professionnelles. La délégation a ordonné la cessation de toute activité de Béatrice Jacob. Le contrat de travail de celle-ci a pris fin en octobre 2011 et sa carte de séjour a expiré le 14 mars. Selon l’article 516 du Code du travail, tout employeur désireux de recruter un salarié étranger doit obtenir une autorisation de l’autorité gouvernementale chargée du Travail. Cette autorisation est accordée sous forme de visa apposé sur le contrat de travail. La date du visa est celle à laquelle le contrat de travail prend effet. Toute modification du contrat est également soumise au visa.
L’autorisation peut être retirée à tout moment par l’autorité gouvernementale chargée du Travail. «Au lieu que l’employeur se conforme à la loi, il la transgresse.», ajoute le responsable régional. Du côté de l’Académie régionale de l’Éducation et de la Formation, la directrice Tijania Fertat affiche son indignation. Même si cette école ne dépend pas administrativement de son département, elle a fait dépêcher une délégation sur place pour pouvoir analyser la situation et calmer les ardeurs des parents. «Personne n’a été avisé. J’ai appris cette aberrante mesure au même titre que les parents. On n’a pas le droit de fermer aléatoirement un service public. Il s’agit de l’intérêt de 1477 élèves.», dit-elle au Matin.
Les parents estiment que les responsables de l’institution prennent leurs enfants en otage pour faire pression sur les autorités marocaines. Mohammed Azzeddine Fennich, délégué des parents d’élèves, souligne que la direction devait informer les parents avant de prendre une telle décision. «Nous allons adresser une pétition au procureur du Roi.», indique-t-il, l’air on ne peut plus outré. Les parents qui devaient rejoindre leurs lieux de travail ne savaient pas, hier matin, à quel saint se vouer. Qui gardera leurs enfants contraints à faire l’école buissonnière ? Des voix s’élevaient pour dénoncer la mesure arbitraire. Pour leur part, les enseignants se sentaient trahis. Eux aussi ont été surpris par la décision de la fermeture de l’établissement.
Ils pointent du doigt les responsables qui veulent, à tout prix, «imposer au corps enseignant une directrice qui, depuis deux ans, n’a fait que créer des problèmes avec les professeurs et les parents». «L’école marche bien sans elle ! Elle partait en France pendant trois semaines sans qu’il y ait des problèmes à constater.», s’exclame une enseignante. Nous avons contacté le secrétariat de l’enseignement catholique au Maroc pour connaître son son de cloche, mais on nous a expliqué qu’aucun responsable n’est sur les lieux. Selon l’un des enseignants, le secrétaire général Père Marc Boucrot a promis d’ouvrir l’école aujourd’hui.
C’est quoi l’ECAM ?
L’E.C.A.M. réunit des établissements d’enseignement relevant de l’Église catholique au Maroc. Il s’agit de 16 établissements dont cinq à Casablanca, quatre à Kenitra, trois à Rabat, deux à Mohammédia, 1 à Marrakech et 1 à Meknès. Les établissements de l’E.C.A.M. sont des institutions à but non lucratif. À l’origine, ces établissements regroupaient en grande majorité des enfants européens et les parents marocains qui y mettaient leurs enfants acceptaient un enseignement de type français. Après l’Indépendance du Maroc, le nombre des Européens a peu à peu diminué. L’archevêché de Rabat, ainsi que les congrégations religieuses ont décidé de garder ces écoles pour contribuer à l’effort d’éducation et d’instruction entrepris par le pays. Ainsi, les programmes ont été progressivement marocanisés.
Repères
■ L’article 516 du Code du travail stipule les conditions de travail des salariés étrangers.
■ Les responsables marocains, les parents d’élèves et le corps enseignant s’indignent de la décision de fermeture de l’institution.